☆ Chronique « Pleines de grâce » de Gabriela Cabezon Camara ☆

A Buenos Aires, dans une villa miseria (bidonville argentin), vit Cléopatra, une femme trans* capable de converser avec la Vierge Marie. Suite à une terrible agression, elle lui est apparue par miracle et depuis, sur ses ordres, Cléopatra tente de transformer le bidonville d’El Poso en une communauté autonome. 

Quand Qüity, jeune journaliste à la dérive issue des beaux quartiers, entend parler d’elle, elle pense enfin tenir l’article du siècle. Très vite, Qüity, oublie les raisons de sa venue et s’engage corps et âme dans l’organisation de la collectivité, au point de devenir la maman de substitution d’un petit Kevin. 

Mais un jour, les autorités locales décident de raser la villa miseria d’El Paso. Cléopatra et Qüity, enceinte de cette dernière, doivent fuir le pays. 

*Dans le roman, Cléopatra est décrite comme travestie. Je pense que le terme trans est plus juste étant donné que malgré qu’elle ait conservé ses attributs masculins, sa poitrine a été refaite. N’hésitez pas à me dire si je me trompe. 

Qüity 

« Ma petite aimait déjà les discours de la plus queer de ses mères, elle semblait danser tandis qu’on l’écoutait. Et moi, elle me plongeait dans la perplexité, comment pouvait-elle citer L’Odyssée presque mot pour mot ? Impossible qu’elle l’ait lue dans sa putain de vie misérable. D’où, bordel, sortait-elle des trucs comme ça ? La Vierge existait et elle était branchée classiques et putes pauvres ? » 

Cleopatra 

« Qüity, mon amour, il m’est tout arrivé, plus rien ne peut m’humilier. Et encore moins cette crise de moralisme qui te prend depuis qu’on est à Miami : toi qui m’as trouvée bien excitante en voyant de très près la pute que j’étais, tu ne peux pas me sortir ces conneries maintenant, mon cœur. »

☆ . ☆ . ☆

Mon avis :

Ce petit roman d’à peine 200 pages est clairement un OVNI. Quand j’ai vu la couverture flashy en rayon, j’ai craqué dessus sans trop savoir dans quelle lecture je m’embarquai. Et au final, je ne sais pas trop quoi en penser. Bizarrement, bien que cette lecture ait été très agréable, j’ai du mal à me positionner. 

Est-ce que j’ai aimé lire ce livre ? OUI 

Est-ce que les personnages sont attachants ? NON, mais ils sont très intéressants. 

Est-ce qu’il y a une intrigue, du suspense ? OUI et NON. C’est surtout le récit d’un moment de vie. D’ailleurs, le synopsis laisse très peu de place aux surprises. Je dirai même que la seule surprise réside dans la fin du roman. L’intrigue se trouve entre les lignes du speech, dans les « pourquoi ? » et les « comment ? ». 

Est-ce que le style d’écriture m’a plu ? Encore une fois, OUI et NON. J’ai vraiment aimé que ce soit un ouvrage à deux voix, car on découvre vraiment deux versions des faits. Qüity raconte l’histoire et Cléopatra l’ajuste avec son point de vue. Et chacune à son propre style. Celui de Qüity est dur, mélancolique et cru, quant à Cléopatra, il est franc, rapide et divertissant. En revanche, il y a beaucoup de références à la culture argentine et par moments, j’ai trouvé les tournures de phrases compliquées, m’obligeant à reprendre plusieurs fois un paragraphe pour bien assimiler les dires.

Qu’as-tu ressenti à la fin de cette lecture ? Je pense que le problème vient de là. Je suis restée un peu sur ma fin. C’est ce qui fait que je ressors perdue. J’ai apprécié 90% de cet ouvrage, l’univers, le style, les personnages, mais j’ai été désappointée par la conclusion de l’auteure. Si je la compare au reste du roman, je ne l’ai pas trouvé au niveau. 

Bref, pour conclure, je ne saurai dire s’il faut que vous lisiez ou non ce roman. Je vous conseille de prendre plusieurs avis et de voir si l’envie grandit en vous. Enfin, je dirai que ce choix ne peut pas être autre que personnel. Il va dépendre de l’attrait que vous avez pour le milieu queer, de votre tolérance aux propos sans nuances et de votre ouverture d’esprit. 

☆☆☆☆ /5 – J’aurais mis 5 étoiles si la fin avait été différente.

☆ . ☆ . ☆

Infos maison d’édition

Auteur : Gabriela Cabezon Camara // Editeur d’origine : Editions de l’ogre // Rééditeur : Editions 10/18

Genre : Roman Queer // Parution : Mars 2020 // Nombre de pages : 201 pages

Quatrième de couverture : « Pleines de grâce est l’histoire flamboyante de Qüity, une jeune journaliste dure à cuire de Buenos Aires, et de Cleopatra, une travestie qui, après avoir renoncé à la prostitution suite à l’apparition de la Vierge Marie, entreprend, avec une armée de putes, de trafiquants et de voleurs, de transformer son bidonville d’El Poso en une communauté autonome. Contraintes de fuir après que le pouvoir local a rasé le bidonville, Qüity et Cleo, dont elle est enceinte, racontent alors leurs aventures depuis Miami. Dans ce roman intense, Gabriela Cabezón Cámara réussit à exprimer l’épopée cachée de tant de vies anonymes qui, défiant la logique imposée par l’ordre établi, inventent de nouvelles façons de vivre, en couple, en famille et en communauté. Pleines de grâce est un opéra cumbia, drôle, violent et cru, illuminé par le personnage solaire de Cléo. Sans doute l’un des grands romans queer argentins. »

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